De Ségou à Ouahigouya (Mali – Burkina-Faso)

Samedi 18 février, les pneus de nos vélos retrouvent le bitume. Nous suivons les conseils de cyclistes et nous nous dirigeons plein nord vers Markala au lieu de prendre pour San et Bla. Rapidement, nous arrivons au barrage de Markala sur le fleuve Niger. D’une rive à l’autre le paysage change totalement : des étendues désertiques ou seuls quelques buissons épineux arrivent à survivre, et de l’autre coté des canaux irrigant des rizières et des champs de légumes d’un vert éclatant. Pendant deux jours, nous longeons ces canaux et suivons la route qui serpente entre les lacs. On croirait se retrouver au milieu des étangs à Lattes. Seuls différences : les pêcheurs dans leurs pirogues qui jettent inlassablement leurs filets et les maisons en banco beige ou gris(terre + paille + beurre de karité).

Nous finissons par atteindre Massina, petite bourgade tranquille. Nous retraversons le fleuve Niger, mais cette fois ci en pirogue et prenons la direction de Djénné. Nous retrouvons un paysage sahélien et désertique que nous connaissons bien. Sur cette rive, le bitume n’existe pas et nous nous retrouvons sur de la piste. Les premiers kilomètres se passent bien sur une piste bleue en latérite rouge. Mais rapidement, un premier problème se pose à nous. Le chemin indiqué sur la carte est en fait sableux. Nous continuons donc sur notre piste en latérite qui nous fait faire un petit détour de 35 km vers le sud. Lorsque nous reprenons la bonne direction, un fort vent vient nous chatouiller le bout du nez. L’harmattan, c’est son petit nom, souffle de plus en plus fort et au bout de quelques kilomètres, nous sommes épuisés.

Nous décidons donc de partir tôt le matin quand le vent dort encore. Départ une heure plus tôt à 6h20, mais l’harmattan est déjà là et très vite nous ne pouvons plus pédaler. Il faut attendre le soir pour grappiller quelques kilomètres. Tout au long de cette piste qui nous parait interminable, nous croisons des petits villages en banco avec leurs superbes mosquées aux multiples clochers et leurs habitants sympathiques et souriants. Enfin, le dernier jour, départ à 5h20 mais le vent ne s’est pas couché et souffle déjà. De plus, pédaler la nuit sans lune et sans lampe, ce n’est vraiment pas évident. Conclusion, après un genou écorché pour Mélanie, nous continuons à pied jusqu’au levé du jour.

Finalement, nous arrivons jeudi 24 février à Djénné. Nous passons le reste de la journée à se balader en ville et à se reposer. Djénné et sa grande mosquée aux 10 piliers sont uniques, mais nous sommes rapidement assailli par les faux guides et les « toubab cadeaux ». Pour rejoindre Mopti, 150 km de route nous attendent. La perspective de pédaler 3 ou 4 jours avec le vent dans le nez (qui est d’ailleurs de plus en plus violent) nous enchante guère. Le lendemain matin à 7h, nous sommes devant le taxi brousse à attendre le départ vers Mopti. Nous partons finalement à 9h pour trois heures de route. Nous sommes 12 dans la 504 Peugeot Break. Sur le toit, un lit double, pleins d’affaires et tout en haut, nos vélos. Arrivés à Mopti, nous sommes rapidement la cible de tous les vendeurs, les guides ou les talibés. Nous ne nous attardons pas. Mopti est construite sur des îles et porte bien son mon de « Venise malienne ». Mais elle est un peu trop grouillante à notre goût. Nous prenons la direction de Bandiagara et du pays dogon sans nous attarder.

Enfin, nous retrouvons un beau goudron. L’harmattan c’est un peu calmé et souffle latéralement. Par contre, nous sentons l’arrivée de la saison chaude. Des 11h, la température monte au dessus de 40°C pour redescendre doucement vers 16h. Mais la nuit, elle descend rarement en dessous de 25 ou de 30°C.

Dès notre arrivée à Bandiagara, nous prenons en grippe tous les pseudo guides qui nous sautent dessus et les envoyons balader. Pourtant, tout nos livres touristiques (le routard, lonely planet, …) n’ont d’yeux que pour le pays dogon. En effet, ces petits villages en pierre au pied de la falaise valent le coup d’être vus. Tout le monde vante les bienfaits du tourisme qui a permis de sauvegarder la culture dogon très complexe et organisée. Nous, au contraire, nous n’avons pas du tout cette vision des choses. Tout les habitants (enfants, hommes, femmes) nous demandent sans arrêt des cadeaux, des bonbons et des bics. Les faux guides pullulent autour des villages prêts à sauter sur le premier toubab venu, pour lui extirper le maximum d’argent. Les vieux attendent sans bouger devant leurs cases, habillés en costume traditionnel, qu’on les prennent en photo pour demander une pièce. Conclusion, nous trouvons que le tourisme a « pourri » cette civilisation et nous décidons de boycotter le pays dogon. Nous le traversons tout de même en deux jours sur une mauvaise piste rouge caillouteuse. C’est très joli et surtout ça change du reste du Mali. Mais le contact humain ne passe toujours pas. Pour nous réconforter, une longue descente au milieu de la falaise de Bandiagara, nous rappelle le bon temps des cols et des côtes marocaines.

A Bankass, nous rejoignons la grande piste qui descend vers le Burkina-Faso. Celle-ci est en bon état malgré quelques petits passages de tôles ondulées. Le vent est toujours la mais nous laisse quand même avancer. Jeudi 2 mars, après 8200kms, nous quittons le Mali.

Lorsque nous arrivons au Burkina-Faso, la chance ne nous sourit pas. La piste se transforme en piste rouge, en tôles ondulées et graviers. Nous devons remprunter les pistes cyclables qui longent la piste en zigzagant. Au bout de 5km, pshiiiiiiiiiiittttttt… Le pneu arrière de Mélanie vient de se déchirer. Heureusement, Mélanie arrive à le recoudre et avec une rustine en plus à l’extérieur, ça a l’air de tenir. Par contre, il faut changer la chambre à air qui est déchirée à trois endroits. La cause de tout ce mal : un bout d’ébène de 5 cm qui c’est planté dans le pneu. Nous sommes immobilisés pour la journée. Le lendemain, l’harmattan nous en veut et les 50 derniers kilomètres, pour rejoindre Ouahigouya, se font avec le vent de côté, qui atteint facilement force 5, 6 avec des rafales à 7 ( pour les marins). Finalement, nous arrivons dans la ville début d’après-midi et retrouvons à notre plus grand soulagement du bitume. Pour nous récompenser, des colis et des lettres nous attendent en poste restante. Nous décidons de nous arrêter ici quelques jours pour commencer à découvrir un nouveau pays : le Burkina-Faso.

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