De Bordeaux à la maison (France)

En ouvrant les yeux ce matin, nous avons une impression un peu bizarre. Nous voilà de nouveau au point de départ, comme un an plus tôt. Les murs de la chambre ont encore leur couleur bleu-gris, le pêcher trône toujours au milieu du jardin et la façade de la maison est toujours striée de ses colombages rouges. En regardant la grande fresque du monde peinte dans la cuisine, on pourrait presque se demander si ce n’était pas qu’un rêve. Peut-être, …même si les cartons éparpillés un peu partout dans la maison nous font un peu douter ! En tout cas, ce matin, nous savons tous les 4 que nous avons fait le même rêve et contrairement aux autres, nous ne sommes pas prêts de l’oublier.

Deux semaines plus tôt, nous quittons la grande ville de Bordeaux en suivant les pistes cyclables en direction de l’océan. C’est tout plat, tout droit et très agréable. Arrivés à Lacanau, mauvaise surprise, le camping municipal est fermé. Les autres étant un peu trop chers, nous nous arrêtons, après plus de 60km, à l’entrée d’une forêt pour y passer la nuit.

Le lendemain, petite journée. Après quelques courses et 6km, nous nous arrêtons au camping pour mon anniversaire. Aujourd’hui, Mélanie s’occupe de tout et nous prépare un super bon repas pour mes 37 ans. Je suis gâté. Nous rencontrons cet après-midi, Francette et Alain, un couple de retraités installés dans le mobile-home d’à côté. Ils sont adorables et vivent entre Lacanau et la Dordogne. Le soir, nous rejoignons vite notre tente car la pluie arrive. Doucement au début, puis un violent orage éclate. Ça tonne dans tous les sens et le ciel est sans arrêt illuminé d’éclairs. Sûrement le plus gros orage de notre voyage. Heureusement nous sentons dans notre tente comme à la maison et malgré le bruit, nous nous endormons rapidement.

Le 1er juillet, en repartant du camping, Francette et Alain offrent pleins de friandises aux garçons. Nous mettons un jour et demi en pédalant entre les pins pour rejoindre le bateau pour Royan. C’est plutôt agréable, mais les grandes lignes droites sont un peu monotones à la longue.

Après avoir passé 20 minutes sur le bac, nous nous retrouvons en plein centre de Royan. N’ayant plus internet depuis quelques jours, nous cherchons un point d’accès pour déterminer un peu plus notre trajet. Nous finissons par trouver notre bonheur, pour arriver à temps en Normandie : un train TER qui va de Niort à Tours sans changement. Par contre nous avons deux jours pour y arriver et ça risque d’être un peu la course. Ça sera plus cool après, enfin, c’est ce que je pensais !

Le lendemain, la fatigue se fait de plus en plus sentir. Nous sommes à fleur de peau et il ne faut pas grand-chose pour que ça éclate. Après 30km, n’ayant pas trouvé de lieu « idéal » pour pique-niquer, nous nous retrouvons sur la place de Pont l’abbé d’Arnoult. Nous nous réfugions à l’ombre du seul arbre entre deux voitures. C’est à ce moment qu’arrive un homme pour discuter avec nous. Sans la moindre hésitation, il nous invite à venir manger chez lui. Deux minutes plus tard nous sommes dans un petit coin de paradis. Nous voilà en train de siroter une bière près d’une belle maison en pierre entouré par des dizaines de planches de surf, pendant que les garçons se baignent dans la piscine. Mais surtout, nous rencontrons une famille simple et adorable. Arnaud et Carole sont tous les deux vétérinaires aimant la vie, le surf et le rock ! Leur fille aînée Rose est comme le reste de la famille passionnée de voile. Après un bon repas, ils nous apprennent en toute modestie que leur fils a été champion du monde en voile et que leur fille est la première femme à avoir traversé la manche en optimiste (à 15 ans !), qu’elle est un des nouveaux espoirs français de la voile… Nous repartons en début d’après-midi regonflés à bloc après avoir absorbé avec bonheur cette belle bouffée d’oxygène.

Le lendemain, nous avançons bien et arrivons dans l’après-midi à la gare. Pour une fois, tout se passe parfaitement bien. Pas d’escaliers pour rejoindre le quai, un emplacement pour les vélos dans le train et un départ à l’heure. À 21h30, nous arrivons à Tours. Ayant pris des habitudes de SDF, nous pensions nous installer pour la nuit dans la gare. Malheureusement, celle-ci ferme pour la nuit. Nous partons donc retrouver la Loire pour trouver un campement au bord de l’eau. Par chance, au bout de 5km, nous trouvons un lieu où camper au bord de la voie verte. Les deux jours suivants, nous prenons la vélo-route de St- Jacques qui remonte le long du Loir jusqu’à Chartres. C’est très agréable, mais la route fait d’énormes détours par des routes bien vallonnées afin d’éviter les voitures. Conclusion, dans l’après-midi, Milio s’effondre en larmes, trop fatigué pour continuer. Nous trouvons heureusement, pas trop loin, un stade de foot avec un abri pour dormir à la belle étoile. Milio se repose pendant que Loan super excité de revoir son meilleur copain demain saute partout. Nous sommes tous à plat, fatigués et sur les nerfs mais une bouteille de vin plus tard, tout va mieux. Nous chantons en rigolant tous les 4 aux éclats. A peine dans les duvets, un gros orage éclate. Nous sommes contents d’avoir trouvé un bon abri. La pluie cessera au matin, nous laissant repartir à la fraîche.

Les garçons étant super excités, nous avançons à une allure folle et à 11h du matin nous sommes déjà à Vendôme. Nous nous installons au camping, mais l’après-midi semble une éternité aux loulous qui attendent leur copain. « Il est quelle heure ? Ils arrivent quand ? Dis papa, ils devraient déjà être là ? Et il est quelle heure ? … ». Finalement, à 19h, c’est l’explosion de joie ! Aymeric est arrivé et les voilà repartis à jouer comme s’ils s’étaient quittés hier. De notre côté, nous passons une superbe soirée avec Christelle à siroter des mojitos.

Le matin, nous plions les tentes et Aymeric prend son vélo pour nous suivre. La route est très agréable, peu de voiture et presque plat. Christelle nous rejoint sur le coup du midi pour pique niquer avec nous. Les garçons passent quelques heures à pêcher mais ce n’est, comme toujours, pas très concluant. L’après-midi, la route se corse un peu et nous franchissons une longue côte pour arriver en haut de la colline au milieu des champs. Les garçons, toujours autant excités, avancent toujours comme des chefs, et Aymeric malgré la différence d’entraînement les suit sans problème.

Après 26km, nous entamons la descente qui malheureusement sera la fin du voyage à vélo pour Aymeric. Il faudra attendre le bout de la descente, les derniers mètres avant le dernier virage pour qu’il commence à guidonner, à ne plus arriver à freiner et dérape dans les graviers pour s’écraser sur la route. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre l’ampleur des dégâts. Il crie et est en sang de la tête aux pieds. Mélanie sort vite la pharmacie et commence à calmer l’hémorragie et à nettoyer un peu la plaie. Après quelques secondes d’analyse, nous en concluons que ce n’est vraiment pas beau mais rien de vital n’a l’air touché. Nous appelons Christelle qui 5 minutes plus tard nous rejoint. C’est avec un sang-froid assez admirable qu’elle absorbe la nouvelle. Rapidement, Mélanie installe Aymeric dans la voiture et les voilà partis tous les 3 pour les urgences. Nous sommes un peu sous le choc et les enfants aussi. Loan n’a rien vu, mais a eu le temps de tout imaginer contrairement à Milio qui a assisté à la scène. Ils m’affirment tous les deux que tout va bien, jusqu’à ce que Loan tombe en sanglot dans mes bras en me demandant ce que va devenir son meilleur copain.

15 minutes plus tard, une voiture passe enfin et nous demande si nous avons besoin d’aide ? Je leur explique le problème et leur demande si ils n’ont pas un bout de terrain pour attendre à l’ombre les nouvelles. Il faut malheureusement remonter tout en haut de la côte, mais ce n’est pas grave et après un aller-retour, nous nous retrouvons tous les 3 avec les vélos dans le jardin. Nos hôtes, Paris et Clara sont adorables. Leur maison est totalement en travaux (ils habitent à Paris), ils n’ont pas l’électricité mais ils se plient en 4 pour nous. N’ayant pas de nouvelles de notre accidenté, ils prennent les choses en main et organisent tout pour nous. Nous pourrons installer la tente dans le jardin et les voisins ont une chambre pour accueillir Christelle et Aymeric. En attendant, ils nous proposent d’aller se changer les idées au repas des pompiers et au feu d’artifice. Au bout de 5 heures d’attente, nous avons enfin des nouvelles. Aymeric a été très bien pris en main aux urgences de Chateaudun et malgré les 15 points de suture, il devrait sans sortir sans cicatrices. Ouf ! Le soir, ils nous rejoignent chez les pompiers. Aymeric, encore sous l’effet des gaz antidouleurs, s’endort pendant que nous nous changeons les idées devant un magnifique feu d’artifice.

Le lendemain, Aymeric est décidé à rester encore les deux prochains jours avec nous, ce qui nous soulage nous et les garçons. Nous les retrouvons le lendemain au camping de Chateaudun. Loan et Milio ont un peu de mal au début à regarder Aymeric car il est tout gonflé et n’arrive plus trop à parler, mais ça ne durera pas. Ils passeront finalement l’après-midi à rigoler et jouant au babyfoot.

Lundi 9 juillet, nous devons tout de même repartir si nous voulons arriver le 14 chez nous. Le vent lui en a décidé autrement et nous souffle littéralement dans le nez. C’est dur, mais les enfants ont toujours la motivation de retrouver leur copain. Le soir, ils nous trouvent un super coin où planter la tente à côté de table de pique-nique. Nous passons une dernière superbe soirée tous les 6 puis les laissons rentrer chez eux.

Les jours qui suivent sont physiquement très fatigants pour nous. Nous sommes obligés d’avancer en faisons des grosses journées et le vent lui ne nous lâche toujours pas. Décidément, le voyage nous éprouvera jusqu’au bout.

A Nonancourt, alors que nous nous apprêtons à acheter du pain, une dame nous appelle pour venir prendre le café. Nous nous retrouvons finalement dans les locaux des restos du cœur en buvant un café avec toute l’équipe. Nous discutons pendant une demi-heure et nous repartons une fois de plus chargés de fruits mais surtout d’enthousiasme pour continuer la route. Le soir, nous arrivons à Evreux et croisons les premiers panneaux indiquant Rouen. Ça fait bizarre de se sentir d’un coup si prêt de l’arrivée. Aurélia, une bonne amie, et ses 2 garçons viennent pique-niquer avec nous. Un très bon moment où seule la joie d’être ensemble est au rendez-vous.

Le lendemain, dernière grosse étape ! Nous sommes super contents de rentrer, mais en même temps, nous sommes tous dans nos pensées en se disant que c’est déjà fini. Finalement, dans l’après-midi, nous arrivons à Elbeuf chez les parents de Mélanie. Toute la famille est là pour nous accueillir. Un grand moment de bonheur où les émotions sont au rendez-vous. Nous finissons la journée au prendre notre temps devant un bon apéro.

Samedi 14 août. Ca y, le moment que nous espérions mais aussi que nous appréhendions pointe enfin son nez. Retour à la case départ. Retour à la vie « normale ». La fin d’un rêve en quelque sorte. Heureusement, nous sommes accompagnés par la famille et les amis pour ces derniers kilomètres. C’est dans la joie et la bonne humeur que nous arrivons à Bourg-Achard. On se permet de rouler au milieu de la route sur le dernier kilomètre et de faire un beau bouchon. On commence à apercevoir la maison. Il y a même tout un attroupement devant. Plein de personnes sont là pour nous attendre, nous applaudir et nous féliciter. Il y a bien sur la famille, les amis, des élèves de Mélanie, des clients et même des gens que l’on ne connaît pas qui nous ont suivi sur Facebook. C’est ensuite des embrassades, des retrouvailles, des rigolades, des sourires, des anecdotes et des bouteilles de champagne qui chantent jusque tard dans la nuit.

A minuit, nous voilà de nouveau tous les 4 chez nous. La famille et les copains qui ont en parti réaménagé la maison sont partis. Nous nous allongeons sur le lit et en regardant le plafond, nous nous remémorons tous les événements de cette année qui à partir de demain serons des souvenirs. Maintenant une nouvelle vie s’offre à nous, pleine d’enthousiasme, de changements et nous espérons bien la serrer longtemps dans nos bras.

13 commentaires

  1. Bravo, bravo, quel courage et quels souvenirs qui vous marqueront tous les 4 pour la vie. Une pensée pour les grands parents qui doivent être soulagés et apprécier les vacances avec Loan et Milio dans le sud. Bonne rentrée à tous

  2. Nous attendions le dernier épisode de ce beau feuilleton….Nous avons pensé à vous le 14.07.Nous étions en Vendée avec nos petits enfants. La vie va reprendre son cours…et Mélanie ses cours! J’espère que vous allez réaliser un beau livre que nous aurons plaisir à lire…mille bisous aux petits loups…et à vous aussi bien sûr..jocache

  3. Merci pour ce beau récit de ce dernier morceau de voyage. Merci pour le compliment sur mon sang froid lors de la chute d’Aymeric, tu y as contribué en m’appelant pour me dire qu’Aymeric avait eu un petit accident…. Qui ne sera qu’un mauvais souvenir au regard de l’excellent travail du médecin 😷, Djamila, et des 2 infirmières, Aurore et Laetitia, du CH de Châteaudun …chapeau bas à cette équipe, nous n’aurions peut-être pas eu ça dans un CHU avec un service de pédiatrie…. Et puis ce n’est pas une chute qui allait gâcher notre joie de vous retrouver !!! 😃 Merci au casque 👷 qui a bien joué son rôle dans la chute qui aurait été plus grave sans lui. Il faut insister sur son importance pour tous, enfant 🧒 comme adulte !!! Plein de bisous à tous 😗 😗 😗 😗 😗 😗 😗 😗 😗 😗

  4. Bravo pour ce grand voyage. J’attends votre livre avec impatience. Bon retour. A bientôt à vos cours de dessin. Bisous de nous tous et surtout de Lisa-Marie.

  5. Bravo 🍾
    Un bonheur d’avoir partagé ce voyage grâce au récit captivant de Flo.merci
    Que du plaisir de se retrouver pour partager l’art de la peinture…..
    Des gros 😘
    Bravos les deux champions pour toutes vos vidéos 😘😘😘
    Maintenant nous attendons le petit livre….

  6. Bravo les cousins, vous avez réussis votre projet même si celui-ci a été modifié au cours de son déroulement mais vous êtes allés au bout de votre rêve et vous revenez avec plein de souvenirs qui nourriront l’imaginaire de vos petits gars. Et que dire de l’exploit de Milo, Loam ? Vraiment admiratif devant leur courage et leur volonté, peut-être soutenus par vous deux mais cela n’a pas dû être simple pour deux petits garçons de cet âge. Chapeau bas ! Vous voilà revenus à une vie plus ordinaire mais riche d’une expérience un peu unique, alors tout plein de bonheur à vous quatre et j’espère avoir l’occasion de vous voir dans l’année. J’attends avec impatience votre livre de voyage. Gros, gros bisous les cousins.

  7. j’ attendais avec impatience le dernier récit et voilà quelques larmes d’émotions en vous lisant félicitations à Florent pour avoir fait partager tout au long de l’année votre aventure parfois très dure surtout pour les enfants qui ont été très courageux le principal s’est d’avoir réussi votre rêve .bisous et à bientôt .

  8. Bravo et merci de nous avoir une fois encore fait partager toutes vos émotions et vos expériences, surtout toutes les belles rencontres que vous avez faites. Elles nous montrent que la vie est belle quand on sait ouvrir son cœur.
    Bises à vous tous et à bientôt.

  9. Bravo pour ce beau voyage et merci de m’avoir fait participer, j’ai suivi tout votre voyage et j »ai adoré .
    Maintenant peut être un exposé avec vous 4 serais plus vivant qu’un livre mais les 2 peuvent être fait .
    Merci de me tenir au courant de vos intentions .
    J’habite ROUEN donc déplacement facile.
    Florence LOUTREL
    06 81 58 58 63

  10. Quel beau voyage et beaux récits. Nous nous sommes accrochés à votre jolie famille et vos 2 super petits gars et leurs vidéos que nos enfants ne manquaient pas. Nous avons un projet similaire pour 2020 avec nos 4 enfants. Les plus jeunes auront l’âge des votres au départ. Belle continuation à vous 4! Audrey depuis la Belgique

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