De Kédougou à Bamako (Sénégal-Mali)

Le 7 janvier, Mélanie va mieux. Elle est encore un peu fatiguée mais nous décidons tout de même de reprendre nos vélos Nous voila partis vers Saraya en direction du Mali. La route est complètement défoncée, elle ressemble plus à une piste qu’à autre chose. Mais nous roulons bien. Malheureusement, les taons sont de retour et passent à l’attaque dès 9h. Cette fois-ci, nous avons un produit anti-moustique efficace qui les éloigne un petit peu. En début d’après-midi, nous arrivons à Saraya d’où nous quittons le « goudron » pour une durée indéterminée. Nous nous retrouvons sur une piste verte. Et oui comme au ski nous classons les pistes par difficulté :

  • piste verte : bonne piste roulante RAS

  • piste bleue : bonne piste malgré des petits passages de tôle ondulée

  • piste rouge : Mauvaise piste avec beaucoup de tôle ondulée et des petits passages de sable

  • piste noire : très mauvaise piste avec du sable, des graviers, des cailloux, de la tôle ondulée, … (imaginez un GR en mauvais état ou un torrent asséché).

Le soir, les taons nous lâchent enfin, mais c’est au tour des mouches et des moucherons. Il y en a partout autour de nous, mais ce qu’ils préfèrent, c’est rentrer dans les oreilles et dans les yeux. Niveau repos, ça commence mal.

Le lendemain, nous reprenons notre piste verte avec nos amis les taons qui ont décidés de ne plus nous lâcher. Au bout de 10 km, nous arrivons à un petit village où les gens sont très sympas et étonnés de voir ici des cyclistes blancs. Ils nous indiquent la piste à prendre qui n’est pas évidente à trouver. C’est un petit sentier entre deux cases où il y a juste la place pour passer avec les vélos Rapidement, la piste se dégrade et nous nous retrouvons sur une piste noire. Celle-ci est remplie de graviers et de cailloux. Nous devons souvent descendre de vélo pour les pousser, et pousser un vélo de 45 ou 60 kg dans le sable, ça crève De plus, Mélanie chute plusieurs fois dans les graviers, et heureusement s’égratigne juste un peu. Par contre, le paysage est superbe, en pleine nature au milieu de nul part. A midi, nous nous arrêtons fatigués après 28 km sur cette piste. Pour changer un peu, c’est un essaim de guêpes qui nous attaque. Nous sommes obligés d’installer la moustiquaire pour attendre la tombée de la nuit.

Le lendemain, c’est reparti. La piste est un peu meilleure jusqu’au fleuve Famélée qui sépare le Sénégal du Mali. Aucun poste frontière pour déclarer notre sortie du Sénégal. Tant pis, on verra ça plus tard. Nous traversons chacun notre tour sur une petite pirogue en bois. C’est vraiment sympa. Là on se sent au bout du monde.

Malheureusement, la galère ne fait que commencer. La piste malienne ne ressemble plus à rien. Nous avançons péniblement et la plupart du temps à côté du vélo. Tout les 500m, il nous faut nous arrêter pour reprendre des forces. Mais Mélanie, encore fatiguée de son palu, s’écroule à plusieurs reprises ne pouvant même plus tenir son vélo. Dans quelle galère nous nous sommes mis ? C’est un supplice. A chaque ravin, nous devons nous mettre à deux par vélo pour arriver en haut. En trois jours, nous avons utilisé toutes nos forces et tout notre moral. Nous sommes rincés, lessivés, exténués comme jamais nous l’avons été. Nous n’avons même plus la force de monter la tente. Heureusement, le paysage vaut vraiment le détour. Des jolis petits villages de brousse jaune-oranges, des belles forêts vertes, des clairières rocailleuses noircies par le soleil et par les feux de brousse, ainsi que des pics montagneux à moitié érodés ocre-rouge comme le sol.

Enfin, après 3jours de galère intense, pour faire seulement 60 km, nous arrivons à Kéniéba. C’est un grand soulagement ! Les formalités se passent dans une bonne ambiance. Nous retrouvons enfin une grande piste et le moral remonte en flèche, même si c’est une piste rouge. Nous allons pouvoir rouler à notre rythme sans trop se fatiguer.

Mais la trêve est de courte durée et nous nous retrouvons dès le lendemain sur une piste… noire . On se renseigne dans un village : « si, si c’est bien la piste pour Mahina ». Au bout de 3kms à pousser les vélos dans une longue montée caillouteuse dont nous ne voyons pas le bout, nous nous écroulons tous les deux en larmes. Nous sommes déjà épuisés et le moral à 0, alors que cette piste noire s’étire encore sur 100km. On y arrivera jamais vu dans l’état dans lequel nous nous trouvons ! Une autre solution ? Prendre la piste pour Kayes. Mais on ne sait pas non plus l’état de la piste et surtout ça fait un détour de 450km. De plus, nous n’avons plus de pain et pas grand chose à manger.

Nous décidons donc de continuer et de tout donner pour arriver le plus rapidement à Mahina et sortir au plus vite de cette galère. Et c’est reparti, on pédale 100m, on pousse 200m, on pédale 300m, on pousse 50m, on se repose un peu et c’est reparti, on pédale… Les kilomètres sur nos compteurs défilent au ralenti. C’est de la torture. Nous croisons quelques villages dont les seuls liens avec le monde extérieur, sont des vélos qui passent de temps à autre. Sinon ils vivent en autarcie. Nous nous arrêtons dans un de ces villages en espérant y trouver du pain. Mais rien ! Par contre en une minute la totalité du village est rassemblée autour de nous. Il faut dire que les blancs à vélos ça ne court pas les sentiers par là-bas. En repartant, tous les enfants nous courent après en criant tous en cœur : « Mélanie, Florent, Mélanie, Florent…. ». Ça fait chaud au cœur, c’est tellement émouvant. Un moment inoubliable !

Malgré notre enthousiasme et notre volonté, nous avançons lentement. Le soir, Florent fait du pain à la poêle, puis nous nous écroulons sur les nattes en plastiques. Dans ces moments là, où l’effort physique et moral est à son comble, nous nous trouvons toutes sortes de motivations pour avancer : « Après Mahina, la piste est excellente d’après « le routard », à Kita les deux colis de nos parents nous attendent, … ». Mais quand cela ne suffit plus, croire en notre « bonne étoile » ou en Dieu est la seule chose qui puisse continuer à nous faire avancer.

La seconde journée, la piste s’améliore un peu mais nous peinons toujours. Nous roulons de 7h30 à midi. Une petite pause pique-nique avec ce qu’il nous reste, puis nous repartons de 13h a 16h. Donc de longues journées où le peu de forces récupérées la nuit, nous quittent dès 9h du matin. Se reposer ? Nous n’y arrivons pas, la piste hante toutes nos pensées. Même la nuit, nous ne trouvons le sommeil que quelques heures.

Enfin, à notre grand soulagement, vendredi 13, nous arrivons à Mahina. Nous faisons le plein de courses et prenons la direction de Kita sur une piste bleue. Le moral revient doucement mais pas les forces, nous les avons déjà épuisées depuis longtemps. Notre nouveau but : Kita pour les colis = notre récompense de cette galère. Nous avançons mieux jusqu’à Manantali (à 100km de Mahina), mais nous retrouvons les véhicules et les nuages de poussière qui vont avec. Du coup, nous sommes toujours recouvert d’une couche de poussière de la tête aux pieds, et la douche du soir (au bol) est vraiment bienvenue. Une fois Manantali passée, nous retrouvons une piste-route rouge. C’est-à-dire 300m de goudron, 500m de piste, 100m de goudron, etc…

Sur la route, nous croisons des français en voiture qui nous offrent le café. Ça fait du bien de parler de ses galères. Les 50 derniers « kilos » (kilomètres en malien), la galère revient avec de nombreux bancs de sable et de graviers. Mais nous sommes motivés par nos colis et nous avançons bien.

Mardi 17 janvier, nous atteignons Kita. A notre grand désespoir, un seul colis est là. Celui des parents de Mélanie n’est pas arrivé. C’est dur à avaler après tout ce qu’on a enduré. Mais nous espérons le recevoir à Bamako. Deux français nous proposent de prendre une douche et de déjeuner avec eux. Ça fait du bien. Ensuite nous allons ouvrir le colis un peu à l’écart de Kita : bonbons, chocolats à peine fondus, huile d’olives, courrier… Le moral remonte. Malheureusement pas longtemps, car le lendemain une vilaine piste rouge avec de la tôle ondulée nous attend et en plus l’Harmattan (vent venant du Sahel) nous souffle dans le nez. Les chauffeurs nous frôlent de prés et les 15 secondes qui suivent, un nuage de poussière nous enveloppe et nous ne voyons plus rien à 2 mètres Heureusement, nous avons nos chèches. Nous avançons doucement et n’arrivons jamais à atteindre dans la journée le nombre de kilos espérés.

Petit à petit la piste s’améliore pour finalement rejoindre le goudron tant attendu et Bamako le 21 janvier. C’est après 750 km de pistes que nous arrivons dans un super campement, calme, plein de verdure, de terrasses, etc… Un vrai petit paradis sur terre pour nous reposer une dizaine de jours, pour prendre des nouvelles qui font tant de bien au moral, pour faire les formalités et attendre le colis qui n’est toujours pas la. Donc maintenant repos, car les aventures c’est bien mais c’est épuisant !

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