St Louis et les premiers ateliers de peinture (Sénégal)

Dimanche 13 novembre, nous arrivons au camping de St Louis qui est situe sur la langue de Barbarie entre le fleuve Sénégal et l‘océan. La ville est divisée en 3 parties : la langue de Barbarie, avec au sud les hôtel et camping, et au nord le quartier des pêcheurs ; l‘île, centre touristique avec ses maisons coloniales et après le pont Faidherbe, le continent, quartier populaire.

Nous profitons de nos premiers jours de repos à St Louis pour nous reposer au camping à l’abri de l’agitation. Ensuite nous partons à la découverte de la ville. Sur la langue de Barbarie, c’est le royaume des pêcheurs avec des centaines de pirogues peintes de toutes les couleurs. Certaines sont a l ‘abandon alors que d’autres, mille fois repeintes, on l’air toutes neuves. Au bord du fleuve, ou accostent les pirogues, les femmes font cuire les poissons. C’est toujours enfume et une odeur de friture règne du lever au coucher du soleil. Dans la rue, les enfants courent dans tous les sens et crient : « toubab, toubab » a notre approche en nous faisant des signes de la main. C’est très populaire et assez pauvre, mais l’ambiance y est bon enfant.

Sur l’île, c’est beaucoup plus touristique. Toutes les dix minutes un vendeur vient nous voir :

« -Bonjour

-Bonjour

-Ça va ?

-Ça va bien !

-Vous venez de la France ?

-Oui

-De quelle ville ?

-Rouen, près de Paris

-Moi je connais bien Paris. J’y ai etudié un an à St Denis. Sinon, vous avez vu les belles statuettes?

-Oui c’est joli !

-Et c’est pas cher en plus, pour vous je vous fais un prix de cycliste.

-Non, on ne veut pas acheter, on voyage a vélo.

-Y a pas de problème, j ai aussi des colliers. Ils sont beaux hein !

-etc…. »

C’est un peu saoulant au début, mais après on s’y habitue et on arrive à refuser poliment même rapidement. Sinon la ville est sympa et la vie assez tranquille. L’île est remplie de maisons coloniales du début du siècle qui sont en plus ou moins bons états.

Toute la ville est un régal pour les sens, les odeurs, la musique et le bruit omniprésents et surtout un festival de couleur entre les vêtements des femmes et les transports en commun peints de multiples couleurs.

Malheureusement au bout de quelques jours, les gens qui nous abordent sans arrêt commencent un peu à nous gonfler. Et le coup du sort, nous nous faisons voler nos compteurs de vélo La, nous craquons et nous sommes un peu démoralisés. Nous avons l’impression d’être seulement vu par la population comme des blancs pleins au as. Nous pensons même avoir fait une grosse erreur en nous arrêtant si longtemps dans cette ville.

Heureusement, les remords et l’amertume s’effacent vites et la deuxième semaine, nous commençons les ateliers de peinture dans l’association ATT. Cette dernière s’occupe du problème des enfants talibés très importants à St Louis. Les talibés sont des enfants confies à un marabout, par leur famille trop nombreuse, pour s’occuper de leur éducation religieuse. Les marabouts ne pouvant nourrir les enfants, les talibés se retrouvent dans la rue à mendier pour pouvoir manger. De plus, il arrive souvent qu’ils soient maltraites ou même battus par un marabout. Beaucoup d’enfants s’échappent alors, et se retrouvent dans la rue livres à eux même

L’association essaie alors de les recueillir et de les inciter a venir au centre ou ils ont au moins un lit ou dormir avec une douche et des toilettes. La chose n’est pas évidente car les enfants talibés, ages de 4 à 10 ans, refusent souvent de peur que leurs marabouts viennent les rechercher et se venger. L’association essaie aussi de créer des activités, au sein de leur centre, pour que les talibés ne soient pas toujours dans la rue. De plus, cela permet de faire des activités avec les enfants du quartier pour qu‘ils comprennent mieux la situation des talibés

Ainsi, tous les jours de la semaine, nous nous rendons a l’association située sur île, en passant par le pont Faidherbe (qui est rouille, troue et glissant, donc casse-gueule) pour faire nos ateliers de peinture. Les enfants que nous avions été composés de talibés et d’enfants du quartier. Grâce à des bouteilles d’eau coupées à la base puis en deux, nous avons fabrique des pots pour l’eau ainsi que des palettes pour la peinture. Après un petit cour sur les mélanges des couleurs, nous leur avons donne les feuilles, les crayons, les pinceaux et les palettes (l‘une pour la peinture et l’autre pour les mélanges). Le thème était « moi et St Louis », pour qu’ils puissent s’exprimer avec leurs visions d’enfant sur ce qu’ils pensent de la ville. Tous étaient ravis et se sont attaques minutieusement à leurs œuvres en écoutant attentivement les conseils de Mélanie. Nous avions fait deux formats de dessins : des demi-A4 et des formats cartes postales. Avec ce dernier, les talibés pourront peut être les vendre aux touristes pour pouvoir manger sans avoir a mendier. A la fin de la séance, les enfants allaient nettoyer leur matériel avec Mélanie afin qu il dure le plus longtemps possible. Aucun ne rechignait à la tache et au contraire y mettait du leur. Ce fut donc pour nous une vraie réussite.

Au fur et a mesure des ateliers, les relations se faisaient de plus en plus amicales et sympathiques. A cause de la barrière de la langue (ici la population parle wolof), certains enfants se prenaient au jeu de traducteur. Tous les ateliers se sont passes dans une bonne ambiance avec des enfants débordant de joie et de bonne humeur. Au milieu de la semaine, nous avons participes à une ronde de nuit pour essayer de faire venir au centre des enfants talibés dormant dans la rue. Nous en avons vu plusieurs, dormant a même le sol, recroquevilles dans leur tee-short troue, mais un seul a accepte de nous suivre. Depuis ce jour la et avec les ateliers, notre vision de la ville a été totalement différente.

Nous avons donc continue les ateliers jusqu au samedi jour de l’exposition. Nous avons accroche tous les dessins au mur avec le nom de chaque enfant. Les œuvres, car ce sont bien des œuvres, étaient très variées : des terrains de foot, des baobabs, l’association, le pont Faidherbe, les gens de l’association, leur maison, de l’abstrait, des drapeaux sénégalais et français, etc….

Pour l’expo, tous les enfants étaient la avec quelques parents. Ils étaient tous fiers et heureux d’être exposes, de pouvoir montrer ce qu’ils étaient capable de faire. Des que la musique c’est mis en route, tous les enfants (du quartier et talibés) se sont mis à danser ensemble, puis ils nous ont invite. Un vrai bonheur ! C’est vraiment le signe que nous leur avons apporte quelque chose et que ça leur a plu. Tellement qu’avec le reste du matériel, les ateliers vont continuer tous les mercredis. Mais cette fois sans nous ! Maimouna, la coordinatrice, nous à même dit que nous avions redonne une vie au centre. Ça fait plaisir !

Dimanche 27 novembre, après cette semaine bien chargée, repos et bronzette sur la plage. Nous allons quand même participer à une émission de radio qui parle des enfants. Et oui même au Sénégal nous passons a la radio. Mercredi matin nous partons de St Louis, un peu triste de quitter cette ville et ses enfants, nous commencions a nous attacher, mais heureux de reprendre nos montures pour de nouvelles aventures au Sénégal.

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